bonne fête papa…

Début janvier, mon père est mort. Ca a été terrible. C’est à ce moment que j’ai recommencé à parler avec P. Comme je disais à D., lui seul pouvait trouver les mots pour me rassurer, m’aider à être forte. Et il l’a fait. 

Lorsque je suis allée la première fois à l’hôpital, c’était mercredi après-midi. Le médecin m’avait dit de venir pour 15h. Je suis arrivée à peine en avance. Il m’a emmené dans une salle, pour me parler. Il parlait doucement. 

J’ai sorti un carnet et un stylo… très vite, ces objets sont devenus incongrus sur cette table. Je me suis surprise à me demander pourquoi je les avais sortit, c’était ridicule. 

Le médecin parlait. Doucement, il m’expliquait ce qu’il c’était passé à partir du moment où mon père est arrivé dans le service. 

Les mots m’ont paru être choisis soigneusement, précis. Certains mots ont résonné dans ma tête sans que j’en comprennes le sens. Comme « polychardie ».. quelque chose en rapport avec le cœur.. cardiaque… il a continué. Mes larmes ont commencé à couler. J’ai tourné la tête, les ai essuyé de la main… il parlait encore. Je n’avais pas de mouchoir. Je me suis dit que je ne pouvais rien faire, j’allais mouiller mon vêtement. Je l’ai regardé à nouveau, j’ai laissé les larmes couler, je ne pouvais rien faire d’autre. Il a continué de m’annoncer les choses horribles dont souffraient mon père. J’ai senti que c’était difficile de tout me raconter mais il ne laissait rien voir. Je me suis demandé à quel moment cela s’arrêterait.

A un moment, il s’est tu. Nous nous sommes levés. 

Nous sommes sortis dans le couloir. Je n’étais plus moi, je me sentais irréelle. Le médecin m’a enfilé une blouse, l’a attachée dans mon dos. Il a appuyé sur le bouton poussoir pour que je me frotte les mains avec le gel hydro-alcoolique. 

J’ai remarqué alors qu’il faisait les choses à ma place. 

J’ai posé mon sac, et attrapé le dessin qu’Elise avait fait pour son papy. C’était horrible, elle lui avait écrit « bonne année ». 

Je suis entrée dans la salle. Il y avait le lit, imposant. Ma belle mère était là, avec ses deux enfants. 

Le médecin a proposé d’accrocher le dessin en face du lit. Je lui ai tendu, il est allé chercher un adhésif, a coller le dessin sur la vitre qui sépare la chambre du couloir du personnel soignant. 

J’ai regardé le dessin. Un sapin, des personnages, et bonne année papy. Je me suis sentie bizarre. J’ai regardé le lit, mon père allongé dessus. Je l’ai reconnu. Il avait un tube dans la bouche, son torse bougeait au rythme de la machine qui lui insufflait de l’air. J’ai vu  la courbe de son rythme cardiaque sur le moniteur près du lit. Derrière, une pyramide de boites s’empilaient, avec des lumières vertes. 

Je regardais son visage. Je sentais mon corps totalement noué, et ma tête embrumée. 

Rien ne venait. Je me suis sentie paralysée. Un instant, je me suis dit c’est un film, tout cela est totalement irréel. 

Il fallait que je fasse quelque chose. J’ai attendu un peu pour m’habituer à la douleur dans mon corps. J’ai attendu que les mots puissent sortir de ma bouche. J’ai eu l’impression de dire n’importe quoi, que c’était totalement hors propos. Et je me suis lancée.  

« Bonjour papa, Elise t’a fait un dessin. Il y a un sapin décoré.. » j’ai entendu ma voix s’étrangler. Laura, la fille de mon père, a poussé un sanglot, elle est sorti précipitamment de la chambre..

janvier 2013

hopital-2013